La perforation d'ulcère duodénal reste un challenge
pour le chirurgien digestif de l'étage sus-mésocolique.
En dépit des possibilités des médicaments anti-acides, la cause la plus
commune est la perforation ulcéreuse peptique. Les autres causes, constituées
par l'infection d'un organe de voisinage de la partie haute de l'abdomen,
une diverticulite duodénale, une perforation traumatique lors de la papillotomie
endoscopique, représentent un pourcentage beaucoup moins important de
patients.
Plus récemment, avec l'arrivée des techniques de
chirurgie mini-invasive, la possibilité de régler ce problème par des
opérations à ventre fermé s'est développée.
Ces techniques offrent les avantages qui sont actuellement bien reconnus
dans les interventions à ventre fermé et, en particulier, une morbidité
pariétale moindre et une amélioration du rétablissement postopératoire.
Les principes du traitement chirurgical à ventre ouvert et en coelioscopie
restent les mêmes. La toilette péritonéale est suivie par l'apposition
d'un patch d'épiploon suturé sur la perforation. La technique laparoscopique
est facile à apprendre et marche bien dans la plupart des cas. La situation
opératoire devient plus complexe quand il s'agit d'une large perforation
et lorsqu'une souillure prolongée et un oedème des tissus aboutissent
à une vision difficile d'un duodénum friable qui ne supportera pas les
sutures. Dans une telle situation un essai malencontreux peut aboutir
à des dommages encore plus importants.
Même dans les mains d'experts bien entraînés à la chirurgie coelioscopique
une telle situation peut être cause de problèmes. Nous proposons une nouvelle
technique qui est une amélioration de la méthode de traitement de l'ulcère
duodénal sans suture que nous avons décrite en 1993 et qui utilise un
tampon d'épiploon plutôt qu'un patch épiploïque.
MOTS CLES : Perforation ulcéreuse, Coelio-chirurgie, Laparoscopie, Endoscopie,
Tampon épiploïque.
TECHNIQUE CHIRURGICALE
Installation
Deux opérateurs sont nécessaires pour réaliser l'intervention,
l'un pour la coelioscopie, l'autre pour la fibroscopie.
Le patient est en décubitus dorsal, sous anesthésie générale avec relâchement
musculaire et installé de façon habituelle pour une procédure laparoscopique.
Une sonde naso-gastrique de petit calibre est passée par la narine et
extraite par la bouche.
Un fibroscope gastrique souple à vision terminale est introduit par la
bouche et l'estomac est vidé de tout son contenu.
L'estomac vide peut alors être insufflé et l'on obtient ainsi rapidement
un pneumopéritoine. La perforation duodénale peut alors être aisément
mise en évidence du côté de la lumière gastro-duodénale et l'on peut obtenir
une vue panoramique de la cavité coelomique.
Position des trocarts
Pendant ce temps et après réalisation du pneumo-péritoine,
le coelioscopiste peut procéder à la mise en place des trocarts aux emplacements
les meilleurs pour l'abord duodénal.
Nous utilisons un orifice sous-ombilical pour la caméra, un orifice de
10 mm épigastrique et un site sous-costal droit de 5 mm pour les instruments
opératoires, et nous avons trouvé cette disposition aisée et efficace.
Des orifices supplémentaires peuvent être placés à la demande pour faciliter,
en particulier, l'écartement du foie.
Intervention
Ainsi installé, le fibroscopiste introduit une pince
à biopsie dans le canal opérateur de l'endoscope souple et l'on peut voir
la pince à biopsie émerger dans la cavité coelomique à partir de la perforation
duodénale.
Simultanément le coelioscopiste introduit dans l'abdomen l'extrémité d'un
long fil de nylon (boucle de nylon sectionnée à ras de la sertissure de
l'aiguille) à travers le trocart sous-costal et là, sous contrôle de la
vue, le fil est passé dans les mâchoires de la pince à biopsie. L'autre
extrémité du fil de nylon est maintenue en extra-corporel.
La totalité de l'endoscope, la pince à biopsie et le fil de nylon qu'elle
tient peuvent alors être extraits par la bouche du patient. L'extrémité
du fil de nylon extraite est nouée au bout de la sonde naso-gastrique
pour former une boucle.
La sonde naso-gastrique peut alors être descendue dans le pharynx puis
dans l'estomac tandis que le coelioscopiste tire doucement le fil de nylon,
entraînant le bout de la sonde naso-gastrique dans la cavité coelomique
à travers la perforation duodénale.
Le fil de nylon est coupé près de son point d'attache à la sonde naso-gastrique
mais en laissant la boucle fixée ; l'excédent de fil est alors extrait
par le trocart.
A ce moment un morceau convenable d'épiploon est saisi par le coelioscopiste
et est fixé à la boucle de nylon par suture avec un fil de catgut.
La sonde naso-gastrique est retirée doucement jusqu'à ce que l'épiploon
bouche la perforation duodénale et la tamponne ainsi de façon complète
; l'extrémité de la sonde naso-gastrique se trouve alors dans la lumière
du duodénum.
Dans cette position cette sonde peut être fixée au nez par un ruban adhésif.
La toilette péritonéale est alors réalisée avant de terminer la coelioscopie.
Dans les suites le tube gastrique est relié à un
système d'aspiration murale à basse pression.
Au bout de 24 heures le malade est autorisé à absorber
une alimentation liquide par la bouche avec modération, et l'aspiration
gastrique est supprimée.
La demi-vie du catgut dans le milieu digestif duodénal
est courte et, après quelques jours, la sonde naso-gastrique va se détacher
et pourra être alors enlevée sans difficultés.
Nous avons réalisé quelques semaines plus tard une
endoscopie haute et nous avons été incapables de mettre en évidence dans
la lumière duodénale le tampon d'épiploon. Nous devons supposer que l'épiploon
disparaît progressivement pour laisser place à une fermeture recouverte
de muqueuse plane.
DISCUSSION
La plupart des perforations ulcéreuses duodénales
sont diagnostiquées précocement et le traitement peut être réalisé sans
difficultés. La coelio-chirurgie a rendu possible le traitement des perforations
franches par un procédé entièrement laparoscopique et une grande variété
de procédures ont été décrites.
En cas de fermeture difficile aboutissant à une fuite,
l'évolution clinique postopératoire risque d'être longue et compliquée.
Infections, apparition de fistule et évolution fatale ne sont pas rares.
Il y a deux situations nettes où un tel problème se pose.
tout d'abord la présence d'une large perforation
avec des tissus duodénaux friables diminue la fiabilité d'un traitement
par patch simple. Assurer la stabilité du patch par des points de suture
dans des tissus abîmés peut se révéler techniquement irréalisable. C'est
dans des situations difficiles telles que celle-là, où les sensations
tactiles de tension des tissus sont importantes pour obtenir une fermeture
sûre permettant d'éviter une déchirure supplémentaire de la paroi duodénale,
que l'abord laparoscopique devient dangereux.
ensuite, quand la largeur de la perforation rend
impraticable la réparation par patch, que ce soit à ventre ouvert ou
en coelio-chirurgie.
Nous avons décrit en 1993 une technique de traitement
de la perforation duodénale utilisant un tampon d'épiploon et dans beaucoup
d'occasions nous l'avons utilisée avec succès pour traiter de larges perforations
sur le premier et le second duodénum même en présence de souillures étendues
et d'infection. Cette dernière description vise à adapter la technique
à une méthode entièrement coelioscopique, rendant la nécessité de conversion
en laparotomie tout à fait improbable. Tandis que le traitement laparoscopique
de la perforation duodénale est essentiellement la même opération mais
réalisée à ventre fermé, cette méthode est une approche entièrement nouvelle
pour le même problème et utilise au maximum les possibilités de la chirurgie
mini-invasive. En même temps elle permet une réparation que nous croyons
être supérieure à la méthode traditionnelle du patch à la fois dans sa
fiabilité et dans sa faisabilité.
Les inconvénients, bien sûr, sont la nécessité de deux opérateurs avec
au moins l'un deux compétent dans les deux techniques de laparoscopie
et d'endoscopie du tractus digestif supérieur. Étant donné que cela est
vrai pour la plupart des chirurgiens digestifs du tractus supérieur et
assurément de la plupart des laparoscopistes, l'intervention peut être
réalisée par un chirurgien et un assistant. Notre expérience personnelle
de cette opération comprend actuellement 4 cas tous traités avec succès,
l'opération étant réalisée par un chirurgien digestif expérimenté et un
chirurgien junior.
Le temps opératoire a varié de 35 à 60 minutes et jusque-là nous avons
réalisé 4 interventions.
Nous n'avons observé aucun problème d'obstruction duodénale. A ce jour,
nous avons une mortalité opératoire et une mortalité à 30 jours nulle
et nous n'avons relevé aucune complication.
Une endoscopie haute des patients quelques semaines après l'intervention
révèle une muqueuse duodénale normale sans aucun défaut de la lumière
ni déformation duodénale.
Dans notre série le séjour hospitalier moyen pour cette opération n'a
pas été plus long que pour une intervention à ventre ouvert.
En conclusion, il s'agit d'une technique que nous
recommandons au coelio-chirurgien expérimenté dans le cas où il se trouve
confronté à une vaste perforation duodénale avec des tissus de qualité
médiocre, pour laquelle une réparation par suture risque d'être difficile
ou d'aboutir à une sténose de la lumière duodénale.
Département de Chirurgie Hépato-biliaire
St George's Hospital, Londres - Angleterre
Correspondance :
Mr S.S. Mudan B. Sc. MD FRCS
Département de Chirurgie Hépato-biliaire
3rd Floor, St Jame's Wing
St George's Hospital
Blackshaw Road, Londres SW17 OQT - Grande-Bretagne
BIBLIOGRAPHIE
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